MONTEVERDI L'intemporel

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Kyrie-Missa a In illo tempore

Agnus Dei-Missa a In illo tempore

« La Missa in illo tempore », est un chef d'œuvre méconnu de Monteverdi ami du très Luthérien Heinrich Schütz. Critique musicaux et mélomanes l’on tellement répété, et pourtant elle reste dans l'ombre, notamment a cause, sans doute,  de la popularité des fameuses « Vêpres de la vierge » composées à la même époque (1610). Une messe qui se rapproche de Frescobaldi et de la renaissance du contrepoint qui éclatera en Allemagne depuis Schütz jusqu'à Bach. Cela devrait pourtant susciter un peu plus d'intérêt.

En empruntant dix motifs mélodiques différents à un motet de Gombert, Monteverdi fait œuvre de science, de pertinence et d'imagination, en proposant dans cette œuvre unique, fugues et imitations canoniques elles mêmes emplies de ces motifs repris à l'identique, ou  alors en renversement, en un mouvement rétrograde, ou les deux... On perçoit donc qu'au-delà de la profonde beauté de l'œuvre, l'importance historique de la « Missa in illo tempore » en fait un sommet du Monteverdi sacré, en compagnie des « Vêpres » et de la célèbre « Selva morale e spirituale » mais aussi du Baroque naissant.

Depuis maintenant plus de 20 ans, on croyait avoir trouvé avec l'enregistrement de Philippe Herreweghe (réédité) la version de référence, une lecture définitive de ce chef d'œuvre aujourd'hui encore méconnu de Monteverdi, la Missa in illo tempore. Herreweghe menait ses troupes avec retenue, religiosité, délicatesse, pour une messe légère et épurée presqu'ascétique. Et voilà que Paolo Da Col et son ensemble Odhecaton vient tout bouleverser, et que cette messe est de nouveau révélée sous un jour différent, cette fois comme un sommet quasi dramatique ! Il faut dire que le travail qui a mené à cet enregistrement est bien celui de musiciens passionnés par l'objet musical qui les intéresse. Aussi ont-ils enregistré cette captation dans la basilique du palais des ducs de Mantoue, là même où Monteverdi vivait en 1610. Et cette basilique, ajouté à la qualité de l'enregistrement Ricercar, offre des possibilités qui distinguent et magnifient cet enregistrement : disposition

« stéréophonique » du chœur en double phalanges distinctes et placées en 2 lieux peu éloignés dans l’église, recours exclusif à des voix masculines, accompagnées par l'orgue historique Antegnati de 1565 renforcé par un continuo fourni et lumineux (luth, harpe, viole, contrebasse), à la différence d'Herreweghe qui utilisait le chœur a capella. L'œuvre se déploie alors comme jamais, le tout aboutissant non seulement à plus d'urgence et de chaleur dans la construction, mais aussi à une meilleure lisibilité des lignes de chants parfois si complexes ! On ne peut qu'être convaincu par cette vision qui s'impose comme indispensable de la discographie « Monteverdienne » et qui est vraisemblablement très proche de l’interprétation qu’en donna Monteverdi lui- même lors de sa création.

Le programme est intelligemment complété par quelques motets rares de Monteverdi, et de son prédécesseur à la cour de Mantoue, le méconnu Giaches de Wert.

 

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