« LA MUSIQUE EST UN SPLENDIDE DON DE DIEU » Martin LUTHER

Voilà plus de 500 ans que notre frère en Jésus-Christ Martin LUTHER en placardant ses 96 thèses sur la porte de la cathédrale de Wittenberg, contre les indulgences et certaines pratiques de l’église Romaine, entrait dans l’histoire et impulsait un retour aux Écritures et un renouveau fondamental des valeurs, des pratiques , de la liturgie et de la théologie de la Foi Chrétienne. Il initiait ainsi la Réforme qui donnera naissance au monde Protestant et au retour à l’esprit du message du Christianisme dont « le juste vivra par la Foi » ( Ro 1.17). Mais, Martin LUTHER ne se limita pas à être un immense théologien, il aimait aussi et pratiquait la musique. C’est ce trait original d’un homme entier et au caractère bien trempé que nous allons découvrir ensemble.

Luther.png Mais revenons, en quelques lignes sur la vie de notre frère Martin.

Il naquit le 10 novembre 1483 à Eisleben en Saxe. Martin effectua de solides études à Mansfeld (1497), Eisenach (1498), à la Faculté d’Erfurt (1501-1505). Il obtiendra dans cette ville son diplôme de Bachelier en théologie en 1509, mais c’est en 1512 qu’il devient Docteur en théologie à Wittenberg et devient professeur chargé de commenter l’Écriture Sainte...Éminente activité.

Par ailleurs, il reçut au long de ces années une solide formation musicale qui l’amena à connaître de nombreux musiciens et compositeurs de son temps. Il apparaît donc non seulement comme un mélomane, mais également comme un musicien accompli. Entre temps, il est entré en 1505 au couvent des Augustins d’Erfurt. Ajouté à d’autres faits et des observations de sa part, la lecture du Nouveau Testament et particulièrement de « l’Épître aux Romains » va bouleverser sa vie spirituelle...et celle de ses contemporains, jusqu’à nous. Le tournant se manifeste le 31 octobre 1517 donc, lorsqu’il affiche sur la porte de la cathédrale de Wittenberg ses 96 thèses contre les indulgences et d’autres pratiques de l’église catholique. On connaît les ennuies qui en découleront pour lui : menaces, excommunication…. Mais notre frère persévérera. Il devient ainsi la figure emblématique de la Réforme et publiera, tout en menant un ardent combat contre Rome et ses représentants, de nombreux ouvrages de théologie qui constitueront une part majeure des fondations et de l’expansion de la Réforme.

Il s’éteindra, après une vie mouvementée et marqué par le sceau de la Foi, à Esleben le 18 Février 1546 dans l’affirmation orale de sa propre Foi dans notre Dieu Trinitaire, dans sa Grâce et le chemin montré par notre Sauveur.

Notre frère Martin LUTHER ne se limitera donc pas a advenir comme le théologien hors pair doté de l’humeur affirmé que nous lui connaissons, il mit aussi le chant puis la musique sur sa planche de travail et au service de la Foi, de la théologie et de la Réforme. Ses textes et propos de table recueillis par ses contemporains sont truffés d’allusions et de discours sur la musique : « La musique est un splendide don de Dieu, tout proche de la théologie. Je ne voudrais pas renoncer, même pour un grand prix, au peu de musique que je sais ».

De fait, la musique avait pour lui un double visage comme Janus : chaque son harmonieux venait de Dieu, chaque son discordant et païen de Satan. Si certaines musiques évoquaient pour Luther le chœur des Anges, d’autres se retrouvaient qualifiées de « musiques infernales » car appartenant au « monde en creux » du menteur/tentateur. Il convient cependant de distinguer 2 périodes dans la perception qu’a eu notre frère Martin de la musique. Ces séquences coïncident avec l’évolution de sa pensée, le passage d’une sainte colère à une réflexion plus approfondie et mature.

La 1er est celle antérieure et contemporaine des 95 thèses, de la dispute de Leipzig, de son excommunication et de la Diète de Worms. La 2em débute avec son retour à Wittenberg et la publication de ses grands écrits théologiques (1521-1523)

Dans la 1er période, les instruments de musique, sentant un peu trop le soufre Romain à son goût,firent l’objet de ses foudres. Sur la liste maudite figuraient les instruments à vent et à cordes frottées. Il considérait que l’une des constantes de la musique « infernale » s’exprimait par la répétition monocorde de groupes de notes et/ou de rythmes. Concernant l’orgue, que frère Martin qualifia de « mugisseur sans intelligence » !, il sentait pour lui le papisme et l’associait aux autres « œuvres papistes »(sic) : les sonneries de cloches, l’utilisation liturgique de l’encens, les jeûnes, les pélérinages, l’aspersion d’eau bénite, le culte des reliques et les habits sacerdotaux… Les événements liés à son excommunication, sa bataille contre Rome, ses écrits, l’évolution de sa pensée allaient amener LUTHER à profondément modifier sa perception de la musique.

C’est la 2em période dans laquelle nous entrons maintenant. En 1723, il avoua qu’il se sentait prêt à « faire tinter tout ce qui peut tinter et à faire résonner l’orgue » pour peu que cela amena les populations à la connaissance de la Parole Sacré. Du reste, 12 ans plus tard, dans un de ses sermons, il déclara avec un certain humour : « nous avons des orgues à cause de la jeunesse, comme on donne aux enfants des pommes et des poires ! ». Il ouvre ainsi la voie à la naissance de la musique Baroque, particulièrement dans son important volet sacré, qui génère toujours ses influences de nos jours et qui donnera à l’humanité, entre autres, des compositeurs comme Heinrich SCHÜTZ, Dietrich BUXTEHUDE et Jean Sébastien BACH..mais aussi Georg Friedrich HAENDEL.

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Pour Martin, la musique et le chant ne pouvaient être que louage divine, frémissement de l’âme, un véritable véhicule, au-delà du langage humain, de la Foi et de la  Grâce donnés par Dieu, une manifestation spirituelle de la joie et de la reconnaissance envers le Tout-Autre Trinitaire. Il concevait aussi la musique comme un levier pédagogique au côté de la prédication. Il connecte pleinement la musique à la louange du Dieu Unique, s’appuyant sur l’exemple du Roi DAVID, modèle de « chantre divin ». La mention dans le Livre Saint, du Roi-musicien apparaît pour frère Martin comme une autre preuve du caractère divin de la musique : elle se doit d’être un vecteur pédagogique à mettre impérativement au service de la théologie, de la liturgie et du développement de la Foi réformée. Notre frère Martin va donc passer naturellement à une autre étape incluse dans la 2em période.

En 1723, il décida de composer lui même des chants pour amener le peuple à Dieu. C’est ainsi qu’il « invente » le cantique moderne qui est une des innovations majeures de l’Église Luthérienne. Ce genre évoluera pour devenir « cantates » sacrées dont le maître incontesté fut Jean Sébastien BACH auteur de 300 cantates environ dont une partie est malheureusement perdue. A son ami SPALATIN, secrétaire de FREDERICK le Sage, il écrivit « j’ai l’intention, à l’exemple des prophètes et des anciens pères de l’Église,  de créer des psaumes en allemand pour le peuple, c’est à dire des cantiques spirituels, afin que la Parole demeure parmi eux grâce au chant » . Il forma l’idée que les paroles de ces chants soient aussi simples et aussi usuelles que possible, mais également « pures et convenable ». Il était pour lui impératif que ces chants, aussi proche que possible des Psaumes, soient facilement mémorisables, compréhensibles (Utilisation de l’Allemand), et induisent le message théologique : l’annonce du Royaume. La tonalité Christologique et la perspective du Salut imprègnent ces cantiques. Il voulait que soit chanté jusque dans les foyers l’espérance dans les temps de la fin. Ce fut une complète réussite qui se prolonge.

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Quelle joie et quel plaisir avons nous de chanter ensemble au Culte du Dimanche.

Trois sortes de chants d’Église s’offraient à lui, distinguées par Paul dans Colossiens (3.16) : ... « instruisez vous et avertissez vous les uns les autres en toute sagesse par des psaumes, par des hymnes, par des cantique spirituels, chantez pour le Seigneur de tout votre cœur sous l’inspiration de la Grâce ».

Méditant et interrogeant ce texte, notre frère Martin conclura que par « psaume », il faut entendre en fait les psaumes de David et d’autre composition du psautier. Par « hymnes » il entend d’autres chants que l’on trouve çà et là dans l’Écriture, de MOÏSE à ESAÏE en passant par DANIEL ou SALOMON.

En revanche il relève avec justesse que les cantiques sont des « chants spirituels » parlant de Dieu, extérieurs à l’Écriture, tout en la mentionnant implicitement dans ses messages divins, et que l’on peut en composer quasiment chaque jour. La voie est libre et ouverte pour Martin.

Le Réformateur va trouver un soutien musical chez ses contemporain hymnologues parmi lesquels Johann WALTER, Lucas OSIANDER et Johan CRÜGER.

Par ailleurs, Luther rencontra dans la cité papale, durant sa période augustinienne, les compositeurs Josquin des PREZ et Ludwig SENFL qui ne furent pas sans lui prodiguer des conseils. Hans SACH , un poète de Nuremberg décrivit le travail de LUTHER comme « le chant du rossignol de Wittenberg » Car notre frère Martin va publier trente huit cantiques dont vingt-quatre furent élaborés de 1523 à 1524.

Le premier fut composé à l’occasion de la mort atroce sur le bûcher, en la ville de Bruxelles, le 10 juillet 1523, de deux moines augustins devenus Luthériens. D’autres compositions vont suivre dont le renommé cantique « Nun freut euch lieben Christen (gmein) » où le Réformateur exprime sa conception du salut. Martin LUTHER ne s’appesantit pas sur la misère du pécheur mais sur l’espérance eschatologique. L’œuvre salvatrice y est développée comme une rédemption. Le Fils est envoyé pour faire advenir « le salut du malheureux, pour le libérer de la misère des péchés, pour étrangler la mort amère et le faire vivre avec Lui ». A partir de 1524, les recueils de cantiques deviennent de plus en plus nombreux, car tout en continuant son travail sur les psaumes, notre frère Martin LUTHER persévérera dans la composition de cantiques issus de chants anciens. Son trait de génie inspiré consiste à les traduire en langue allemande, et avec l’aide du renommé compositeur Johann WALTER de les harmoniser à quatre voix. Cette forme polyphonique aura des conséquences considérables dans l’histoire de la musique d’église. Martin ira habilement jusqu’à utiliser des mélodies populaires que tous connaissaient et qui pouvaient facilement être mémorisées. Il puisa largement dans le fond musical non-sacré, remplaçant les paroles profanes par des textes religieux. Il voulait faire chanter les écoliers et dit un jour : «  Il est nécessaire de tenir la musique en honneur dans les écoles. Il faut qu’un maître d’école sache chanter, sinon je ne fais pas cas de lui. Il ne faut point non plus ordonner Pasteurs des jeunes gens qui ne se soient, en l’école, essayés à la musique et y soient exercés ». Ses préoccupations étaient aussi de nature morale : il souhaitait éloigner les jeunes générations « des chansons d’amour et des chants sensuels » pour apprendre à leur place « quelque chose de salutaire ».

Par chants et musique, notre frère Martin avait aussi pour objectif d’accompagner le « croyant en chemin ». Il écrit du reste dés 1721 avec humilité, lucidité et bienveillance : « Notre vie terrestre n’est pas juste, mais devient juste, elle n’est pas en bonne santé, mais en voie de guérison, elle n’est pas un être mais un devenir, non un repos, mais un exercice. Nous ne sommes pas encore, nous sommes en devenir. Ce n’est pas encore fait ni arrivé, c’est en cours ; ce n’est pas la fin, c’est le chemin ; tout ne brille pas ou n’étincelle pas encore, mais le grand nettoyage a commencé » ( Extrait de « Fondement de tous les articles... ») Le goût de Martin LUTHER pour le chant et la musique, son combat permanent sur l’importance de leurs rôles dans la liturgie,sont à l’origine de l ‘épanouissement quantitatif et qualitatif du répertoire de musique des Églises Protestantes durant les cinq siècles écoulés. Il aura aussi utiliser la musique et le chant pour renforcer et faire vivre la Foi de ses sœurs et fréres dans le Seigneur. Aujourd’hui encore, psaumes et cantiques font partie intégrante et vivante de nos cultes. Certes, de nouvelles traductions, créations, adaptations et musiques sont apparues. Mais nos chants gardent leur pouvoir intense d’émotion et de posséder le don de toucher l’âme et le cœur du fidèle, de ses sœurs et de ses frères.

Le chrétien ne saurait s’exonérer du chant pour élever sa louange vers Dieu, puisque l’être humain, ainsi que l’avait fondamentalement compris notre frère en Jésus-Christ Martin LUTHER, y participe tout entier dans le chant et la musique : un chant et une musique spirituels devant être pour lui « jubilation du cœur » et de l’esprit.

 

Dominique GÉRARD