John Coltrane et l'Amour Suprême

Coltrane

Oui, il peut paraître surprenant de trouver un commentaire concernant un CD de jazz sur notre site. Cependant, le Jazz plonge ses racine profondes dans l’Afrique et est né des negro-spirituals de la culture afro-américaine issue de l’esclavage. Il n’est donc pas dénué d’une spiritualité dont une partie provient de l’œuvre d’évangélisation de ces malheureuses populations qui n’ont recueillies que bien peu de compassion pendant des siècles...même de la part de beaucoup trop de ceux qui se réclamaient de Christ. Enfin, le             musicien dont il est ici question a fait preuve d’une forme certaine de spiritualité, même si elle n’est pas la nôtre.

John Coltrane est né en Septembre 1925 dans une famille pauvre afro-américaine. Ses parent étaient tous deux chrétiens et il a été élevé selon ces valeurs.

Il était déjà célèbre, lorsque sa carrière de saxophoniste ténor et d’altiste connu la renommée mondiale à l’occasion de sa collaboration éphémère et mouvementée avec Miles Davis (Enregistrement du célébrissime « Kind of blue » avec le gotha du jazz de l’époque). Mais, miné par les conséquences néfaste d’une vie chaotique, l’alcool et la drogue, il décida lui-même de mettre fin à ses addictions et ses mauvaises habitudes en s’enfermant pendant plusieurs jours, seul, dans une pièce  réalisant ainsi un sevrage solitaire et particulièrement douloureux. Il en sorti épuisé moralement et physiquement,  mais transformé et tourné vers une forme de spiritualité qui ne le quitta jamais, se développa et fut le tournant de sa vie.

On ne peut pas écrire que John Coltrane fut chrétien au sens précis ou nous l’entendons, mais il croyait en un Dieu unique qui était amour et nous aimait malgré ce que nous sommes. Il croyait en l’absolue nécessité d’aimer son prochain. C’était sa conception de Dieu et c’est dans ce sens que sera employé ce mot dans les lignes qui suivent. Si il avait, un moment, été tenté par l’Islam, il ne fut pas musulman pour autant. Lorsqu’on lui demandait si sa religion l’aidait à vivre et a jouer, il répondait " Elle est tout pour moi, ma musique est vraiment un remerciement à Dieu ". Le voici, pour lui, son Amour Suprême ! Il enregistre « A Love Suprême » en 1965, album éblouissant et novateur qui n’a pas fini de bouleverser le jazz..et au-delà.
Cette étonnante captation se divise en quatre longues parties qui semblent pourtant, à l’écoute, si courtes : 32 minutes, mais la musique reste bien plus longtemps dans les têtes.

Le commentaire qui suit reprend, pour partie, ceux de John Coltrane et, en synthèse, ceux de la critique musicale professionnelle dédiée au jazz.

« Acknowledgement » ouvre cet opus en premier mouvement et par ce terme ( En français : « Reconnaissance » ) exprime, à sa façon, le remerciement de John à Dieu. Avec humilité, Coltrane laisse la basse ( Jimmy Garrison ) prendre le thème principal qu'il couvrira avec de longs phrasés de saxophone ténor. Puis c'est le piano de McCoy Tyner qui reprend ce thème couvert à nouveau par le saxophone criant une certaine souffrance.
Ensuite il reprendra ce thème, si connu, au saxophone, changeant parfois de clé puis c'est, sa « cantate », «  A Love Suprême » à la voix si grave et pleine de profondeur.

Le second mouvement « Resolution » (idem en français) est introduit par la basse et Trane (c'est le surnom de John Coltrane) entreprend de longs phrasés fidèles à un autre thème qu'illustrera un piano rapide dans lequel nous pouvons, là, ressentir une joie intense. Trane revient plus rapide encore, il crie son espérance avec son saxo ténor, infiniment, implorant l'aide de Dieu. Puis laissant les notes s'attarder il termine ce mouvement.

« Pursuance »(« Accomplissement » en français) est attaqué comme un entracte par un long solo de batterie ( Elvin Jones) d'une minute et trente secondes pour laisser Trane prendre son saxophone suivi du piano en un long, long, chorus accompagné de la seule batterie. Coltrane revient après deux minutes avec des notes enchaînées que seul lui-même eut le don d’exécuter dans l'actuelle connaissance du Jazz. Soudain il ralentit et la batterie reprend un chorus digne des plus grands laissant la place à la basse revenant au thème principal de « A Love Suprême » presque en palimpseste. La basse termine ainsi ce mouvement.

« Psalm » ( Psaume en français ) : Coltrane et sa formation offre, nous offre et s'offre ce psaume, dans son esprit, comme une magnifique louange à Dieu, John restera toujours en premier plan dans ce mouvement quasi « religieux », mais « religieusement » interprété.

Chaque thème de ce « A Love Suprême » est dédié à Dieu dira John Coltrane.

La batterie à la fin de cet opus semble, dans un certain sens, sonner le glas...La fin d’un chemin.

John quitte ce monde à juste quarante ans en juillet 1967 vraisemblablement rongé par un cancer du foie, mais paradoxalement serein et à la fois toujours en quête spirituelle. Cet homme sincère et courageux, conscient de sa pauvre condition humaine, et d’un humanisme flagrant, fait partie des musiciens de jazz qu’on oublie pas tant sa musique apparaît aussi hors normes. Oui, elle l'était, preuve en est : elle l'est toujours...Du moins au yeux des amateurs de jazz et d’autres, très nombreux, qui aiment la musique..tout simplement.

 

KANTATEN

 

Coltrane 2


Coltrane