preisner_lacrimosa.jpgRien ne prédisposait en toute logique humaine, Zbigniew PREISNER, compositeur de musiques de films de nationalité Polonaise à élaborer dans la douleur du chagrin une des très rares œuvres musicales spirituelles qui marquèrent la fin du XXem siècle. Il est né le 20 Mai 1955. Paradoxalement, il n’a pas reçu d’éducation scolaire musicale classique. Il étudia l’histoire et la philosophie à Cracovie.

PREISNER apparaît donc comme un autodidacte en musique, il reconnaît cependant volontiers la grande influence qu’eut sur lui Jean SIBELIUS. Il en tira une conception de la musique à la fois romantique et très contemporaine.

En 1996, il avait déjà reçu par deux fois le César de la meilleure musique de film et bien d’autres prestigieuses récompenses. Il jouissait déjà d’une renommée mondiale qui génère bonheurs et, sans doute, une certaine insouciance. Il était sans doute heureux. Mais le bonheur, c’est parfois du chagrin qui se repose.

Puis tout a basculé.

Depuis plusieurs années, il s’était lié d’une réelle amitié avec le célèbre cinéaste Polonais Krzystof KRIESLOWSKI : cycle du « Décalogue », « Tu ne tueras point » (Prix du jury du festival de Cannes 1988), la trilogie« Bleu, Blanc, Rouge » entre autres œuvres majeures.

En 1995, ces deux amis ont déjà commencé à travailler ensemble sur un nouveau triptyque à connotation religieuse. KRIESLOWSKI a quasiment terminé une partie intitulé « l’Enfer ».

Soudainement il va s’écrouler, terrassé par une crise cardiaque et meut prématurément le 13 Mars 1996 à l’âge de 54 ans à Varsovie lors d’une opération à cœur ouvert.

PREISNER est anéanti par le chagrin.

Comme bien souvent les mots ne suffisent pas pour exprimer cette affreuse peine à soi-même comme à tous les autres. Mais PREISNER est musicien. Il pratique cet art qui, comme tous les autres, est un « au-delà du langage », une façon d’énoncer l’indicible.

Il va donc écrire et composer « Requiem for my friend » en deux volets « Requiem » et « The beginning » avec orchestre, chœur, solistes et orgue. Si cet oratorio est de facture contemporaine, il ne tombe pas dans le sériel, le minimalisme ou autres concepts musicaux actuels. Il reste parfaitement à la portée d’un auditeur sensible à la musique.

Il va revoir son latin et son grec pour le livret. La musique est poignante sans tomber dans le dolorisme. Cette méditation sur la mort, et l’espérance chrétienne en l’au-delà, s’inspire des traditions de la musique religieuse occidentale et orientale. La soprano polonaise Elzbieta TOWARNICKA donne à l’œuvre une coloration unique allant de l’expression de la peine écrasante à celle de la libération lumineuse de l’espérance par la foi.

PREISNER se retrouve bien loin de la musique de film...il continuera cependant à en composer. Mais sa vie a changé. En 2008, est joué pour la première fois son projet le plus vaste pour orchestre, chœur et soliste : « Silence, Night and Dreams » fondé sur des textes tirés du Livre de Job.

Son chagrin, n’est pas oublié, il l’a apprivoisé comme on est bien obligé de supporter une vieille blessure.

« Requiem for my friend » ? une composition musicale rare, profondément humaine et bouleversante.

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