BACH OFFICE

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Le moins que l''on puisse écrire, c'est que les captations de la Passion selon Saint Jean de JS BACH sont légions. Et 3 à 4 nouveaux enregistrements environ apparaissent bon an, mal an. Reconnaissons qu'il y a où se perdre et que le médiocre est malheureusement trop souvent au rendez-vous. Et puis pour la grande majorité de nos contemporains, une Passion, c'est « la messe »: erreur au pluriel.
Parmi ces versions, seules quelques unes sortent du lot à des titres divers (liste non exhaustive): Karl RICHTER (1964), Wolfgang GONNENWEIN (1970), Philippe HERREWEGHE (1977 et 2001), Sigiswald KUIJKEN (1987), (Roy GOODMAN (1996) et celle concernée par le présent avis.
Un commentaire sur une œuvre aussi « sensible » et importante de la musique occidentale et au-delà, demande donc un minimum de précaution, tant il est vrai qu'il est aisé de tomber dans le piège de l''expression de la certitude espérée définitive mais trop souvent un peu limité en sens.
L’expression musicale des derniers jours de la vie terrestre de Jésus se révèle être une tradition datant des premiers siècles de la chrétienté et psalmodiée à 4 jours différents de la Semaine Sainte. Cependant ce n'est qu'au IX em siècle qu’on en retrouve des traces écrites architecturées autour des récits des 4 évangélistes. Donc, à l'origine, nous nous trouvons en face d'un drame religieux musical basé sur un récit et pas devant un chant religieux marqué par une dévotion particulière.
Grosso modo, la structure de la Passion à l''époque est inégalement duale : d’un coté des solistes (le narrateur Évangéliste, Jésus, Pierre, Pilate, Judas..etc..) et de l’autre la foule ( turba ou turbae) s’exprimant par l’intermédiaire de 3 ou 4 Chantres précurseurs du Chœur.
L''évolution viendra d’Allemagne durant la Réforme, La langue allemande se substitue au latin, « démocratisant » ainsi la portée de la Passion. Cependant les instruments de musique profanes sont toujours exclus des lieux de culte et la polyphonie s’empare de la Passion (Introduction de la « Passion-répons » par Johann WALTHER, un ami de LUTHER). Cette forme connaît son apogée avec Heinrich SCHÜTZ (Également nommée « Passion-motet » par les musicologues). Cependant, on doit la toute première Passion (selon Jean du reste) d’inspiration Luthérienne à Joachim von BURCK qui la publie à Wittenberg dès 1568. Épisode oublié quoique fondateur.
Peu à peu la « monodie » venue d’Italie irrigue la Passion (Chants accompagnés d''instruments de musique séculiers)
La touche finale viendra tardivement de Hambourg en 1712 par la composition du livret de BROCKES. En effet, cette année là, Barthold Heinrich BROKES, conseiller municipal de Hambourg, publie la plus reconnue des versions poétique de la Passion de Jésus : « Der für die Sünde der Welt gemartete und sterbende Jésus » (Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde). KEISER, TELEMANN (46 Passions « au compteur ») et bien d’autres la mettrons en musique. JS BACH s’en inspire pour le livret de sa passion selon Saint Jean. Nous y voilà.
Ainsi avons-nous, en quelque sorte, et au-delà de la qualité de l’interprétation, une sorte de « grille de lecture » pour appréhender la forme et le fond d’une Passion à l''époque de JS BACH jusqu’à maintenant :
* Il s'agit bien d’un drame musical religieux, mais pas d’une œuvre musicale religieuse dédiée à la dévotion.
* L’orchestre soutient l’œuvre, il ne la détermine pas. Une Passion n'est pas une symphonie chantée.
* Une Passion ainsi définie ne supporte pas les déviations « romantisantes » ou louchant vers l’opéra
* La Passion est un Oratorio entendant équilibre entre le récitant, les solistes, le Chœur et l''orchestre.
Beaucoup d’interprétations n’évitent pas au moins un de ces écueils, y compris parmi celles citées plus haut.
Revenons à JS BACH. La première interprétation de sa Passion selon Saint Jean a lieu le 7 Avril 1724, un Vendredi Saint (Voir plus haut) en l’église de Saint Nicolas à Leipzig. En 1725 l’œuvre est donné dans sa seconde version. 3em exécution entre 1728 et 1732 et dernière entre 1746 et 1749, soit à la fin de la vie terrestre de JS BACH. La différence entre la version de 1724 et celle de 1725 réside dans le Chœur d’ouverture : «  Herr, unser Herrscher » en 1724 et « O Meusch, bewein'dein Sünde gross » en 1725. Il est à noter que c’est ce même chœur qui conclut la première séquence de la Passion selon Saint Matthieu du même compositeur. C'est la version de 1724 qui est interprétée de nos jours.
Passons donc à la présente captation.
Peter SCHREIER a « baigné » dans l’univers de JS BACH. Il fut Alto solo dans le célébrissime Kreuzchor de Dresde lorsqu’il était enfant. Adolescent, Passions et Cantates étaient son quotidien. A sa mue et jusqu’en 2005, il chante du JS BACH avec MAUERSBERGER, MASUR, CELIBIDACHE, RILLING et KARAJAN. Mais aussi avec un révolté, militant pour un certain retour aux sources : Nikaulaus HARNONCOURT. Tradition, travail, respect du fond et de la forme, voilà ses valeurs. Il est a l'origine d'une remarquable intégrale des Cantates profanes de JS BACH.
Cette captation répond parfaitement aux « canons » de la Passion. Nous tenons là vraisemblablement, à ce jour, une des deux meilleures versions de cette Passion. Une version qui invoque bien plus la Foi que la religion et qui nous amène au plus près des souffrances de notre Sauveur..
L’orchestre est prodigieux (flûtes gazouillantes, précises et volubiles, contrebasses vivantes mais rythmant la marche au supplice, orgue chantant et incantatoire, violons au commandement). Le Chœur de la Radio de Leipzig apparaît dans un grand jour : présence vivante mais au tranchant de l’épée et sans lyrisme aucun. Solistes magnifiques dont SCHREIER lui-même.
Voix et instruments s’imbriquent justement, humanité et spiritualité s’intriquent naturellement.
Cette Passion Luthérienne pleine d’humanisme et de spiritualité, nous mène à l’illumination noire du sacrifice qui nous délivre.
Un ESSENTIEL..Vraiment. Qui est daté de 1988 certes, mais dont l’intemporalité est flagrante.
De plus vous avez droit à 3 arias de la version 1725 et à un enregistrement d’une grande qualité sonore.

BACH OFFICE 2

L’auteur de cet article a sans doute été un peu long. Trop peut être. Mais pour JS BACH et sa musique qui le surprenne et le ravit chaque jour, pardonnez la facilité, l’auteur a aussi une autre forme de passion à partager avec vous.
Bonne écoute.

Et n’oublions pas Celui qui est au cœur de cette magnifique Passion musicale :

«  Il s’est donné lui-même pour nos péchés afin de nous arracher à l’actuel monde mauvais, conformément à la volonté de notre Dieu et Père à qui soit la gloire aux siècles des siècles. Amen » Paul - Épître aux Galates 1.4

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