Prédications

 Qu'est-ce qu'une prédication ?

 

Du point de vue du culte des Églises issues de la Réforme, la prédication est essentielle, et ses implications en ce qui concerne l'identité de ces Églises et leur spiritualité sont d'une grande profondeur.

La prédication est constitutive de l'Église, au point que les Réformateurs ont pu affirmer qu'il n'y avait Église que la où la parole était correctement prêchée et les sacrements droitement administrés. Luther prêchait deux ou trois fois par semaine, et Calvin, à Genève, jusqu'à six fois !

Pourquoi cette place si importante de la prédication dans le culte réformé ? C'est que les protestants, comme tous chrétiens, croient en un Dieu qui se révèle par sa Parole. Jésus Christ n'a laissé aucun écrit et tout son enseignement était oral. Ainsi, l'appréciation des Réformateurs au sujet du texte biblique est-elle claire : elle n'est pas en tant que telle, la Parole de Dieu. Mais, avec l'aide de l'Esprit Saint, sa lecture et l'audition de son commentaire au cours d'une prédication peuvent faire jaillir dans la conscience de l'être humain cette Parole, qui le bouleverse, le renouvelle, l'amène à prendre la mesure de l'écart qui le sépare encore de l'amour et de la volonté de Dieu (le repentir), l'entraîne à changer de comportement (la conversion), et à affirmer sa foi. Comme l'a dit l'apôtre Paul : « Ainsi, la foi vient de ce qu'on écoute la nouvelle proclamée et cette nouvelle est l'annonce de la parole du Christ. » (Épître aux Romains, X, 17).

Un culte protestant ne saurait donc se concevoir sans la prédication, qui tente de commenter un passage de la Bible, éclaircir le contexte historique dans lequel ce texte a été écrit et dégager son actualité. A chaque fois, la prédication a pour horizon l'annonce de l'amour que Dieu a manifesté à tous les êtres humains en envoyant son Fils, Jésus-Christ, dans le monde. Cette venue de Jésus signifie qu'aucun aspect de la vie humaine n'est ignoré ou méprisé par Dieu et que jusque dans nos faiblesses, Dieu nous rejoint et nous reconnaît comme ses enfants. Jésus est allé jusqu'à la mort, pour nous donner l'assurance que même à la fin de notre vie, même dans les situations les plus difficiles de notre existence, l'amour et la miséricorde de Dieu ne nous seront jamais retirés.

Tâche gigantesque que celle de la prédication ! Appel fondamental à l'humilité de celui qui prêche. Car quand « je monte en chaire « (comme on dit), je n'ai pas la prétention d'avoir sous les yeux un texte automatiquement révélateur de cette Bonne Nouvelle (Évangile) qui vient de Dieu seul ! Encore une fois, sans l'intervention de l'Esprit Saint, le texte peut rester lettre morte, et mon sermon un discours sans impact pour la foi des auditeurs. C'est pourquoi, très personnellement (la plupart des pasteurs que je connais ne font pas comme moi), je termine mes prédications par « Ainsi soit-il » et pas par l'interjection « Amen » (qui, en hébreu, signifie : « C'est la vérité », « C'est digne de confiance », « c'est du solide »), car je crois que ce n'est que l'assemblée qui, Dieu voulant, peut être amenée à répondre « Amen », si elle discerne dans ce qu'elle a entendu la Parole du Seigneur.

 

Michel Block.